mardi 19 mars 2013

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai combien de points te sont autorisés


Au début, tu te dis que ce n’est qu’un mirage. Puis, ensuite tu t’approches doucement du miroir et tu commences à tâter. Mais qu’est-ce que fait ce petit flotteur sur tes hanches ? C’est drôle, il n’était pas là hier le couillon. Alors tu pétasses, tu malaxes, tu te dis qu’en pinçant très fort, il disparaitra peut-être.

Et là, d’un seul coup, en culotte/sous-tif/chaussettes, seule devant ton miroir, c’est la dégringolade. « J’ai les bras qui pendent comme des gants de toilette sur la corde à linge d’une espagnole », «Et ce bide ? J’suis enceinte ou quoi ? » En fait, tu es au courant depuis quelques temps déjà, mais tu feins vaguement l’oubli. A vrai dire, tes abdos, ils font la grève. Ils se sont cassés en 2002, un jour d’automne à Bora-Bora. C’est simple, en ce moment, ils sont en train de s’empiffrer de chips et de mojitos devant le coucher de soleil polynésien.

Vient ensuite le moment de l’ultime torture. Le moment où tu te sens plus seule que jamais. T’as l’impression que ta salle de bain devient immense et toi tu es seule, fragile, sans tes abdos, mais avec ta bouée. Tu poses un pied, doucement. Tu retiens ta respiration. Tu poses l’autre pied et en même temps, tu t’accroches au lavabo, pour que le choc de la balance soit moins brutal. Tu patientes. Les secondes sont longues. Le chiffre s’affiche enfin. T’as l’impression qu’une alarme retentit dans toute ta salle de bain, tu sais comme celle qui se déclenche tous les premiers mercredis du mois.

Ni une, ni deux tu coures dans ton salon en culotte/sous-tif/chaussettes. Tu allumes ton ordinateur et tu tapes LES deux mots fatidiques : Weight watchers.

Tu entres subitement dans une spirale infernale de points, de calories, de pesées. « Alors aujourd’hui, j’ai le droit à 29 points. Mais, le bouillon de cube que je viens de lancer dans l’eau de mes pâtes, je le compte ou pas ? ».

Toute la journée, tu calcules. Une chips, paf ! 4 points. Un paquet de m&m’s : alors là, t’as plus qu’à pleurer les larmes de ton corps, t’as bouffé l’ensemble des points de la semaine.

Ta vie se transforme subitement en point. « J’ai marché 20 minutes, super ! J’ai gagné 5 points ». « J’ai tenu toute une journée en réunion ayant pour thématique : les coûts de production laitière, ça mérite bien 10 points quand même.»,  « le garçon là-bas ? je dirais à l'aise 30 points ».

Ceci dit, c’est drôle comme tes points, tu les oublies vite quand vient le temps de l’apéro. « Un verre de vin ? Oh allez, je le compte comme de l’eau ». « Un petit pâté en croute, est-ce bien raisonnable ? Après tout, je n’ai pas mangé de protéines aujourd’hui, comptons-le comme un steak haché 5% de matière grasse. » En gros, l’apéro, te rend débile  ET hypocrite.  

En fait, à bien y penser, ce qui est débile, c’est de transformer ta vie en points. De ne focaliser que sur ta bouée et tes gants de toilette, alors que tu as la jambe fine et l’orteil fuselé. Et puis cet été, après tout pourquoi ne pas laisser de côté l’affutage saisonnier pour tout simplement rejoindre ses abdos à Bora-Bora, manger des chips et boire des Mojitos.

3 commentaires:

  1. Arfffffff tu décris si bien ce qu'on ressent toutes!!! bisoux cousine (et tiens bon!!!)

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  2. @fred : j'ai eu la chance d'avoir une merveilleuse photographe.
    @Ju : Je crois que j'essaie de partager au mieux mon expérience de girly névrosée.

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